30/03/2016

Jour 1- Le Grand Lemps - la Côte St André 14km

Partie depuis la gare de Genève, me voici en tenue de pèlerin, pour rejoindre Grenoble. Quittant ce monde pour un autre, au milieu de voyageurs perdus dans leurs rêveries, leurs pensées, la plupart connectés à leurs appareils électroniques. Le rythme rassurant du roulis du train, la voix automatique annonçant les arrêts me font entrer petit à petit dans une sorte d’espace intemporel, un entre-deux, entre deux mondes, deux vies.


Alors que tout est pourtant juste, je ressens une sorte d’appréhension à quitter ce quotidien bien réglé, mélangée à une joie profonde de retrouver cette liberté du Chemin, cette intense connexion avec la nature.

Neuf mois ont passé depuis mon dernier départ en septembre 2013. Je sais pourtant ce que je vais retrouver. Le guide jaune est dans ma poche. C’est un répertoire très précis des hébergements, des distances, des lieux de ravitaillement. Je n’ai rien réservé, rien prévu car il y a peu de monde sur ce parcours à cette époque.

Je choisis aussi de me laisser faire, d’accueillir l’imprévu. Je ne me sens pourtant pas une simple randonneuse parcourant le GR65, mais un pèlerin avec ce guide en poche. C’est peut-être ce qui fait la différence. Je me suis donnée une petite distance de quinze kilomètres à parcourir dans l’après-midi afin de me remettre en jambes. J’arrive à 14 heures à la gare du Grand Lemps, qui est telle que je l’ai laissée, déserte et peu accueillante.

Il fait beau, me revoilà sur la route, je n’en reviens pas. Je bifurque dans les rues et retrouve enfin la première coquille sur un poteau puis la destination finale sur un panneau : Saint-Jacques-de-Compostelle. Le GR65 balisé en rouge et blanc suit le Chemin.

P1010561.JPGL’objectif est lointain, le kilométrage n’est même pas indiqué. D’ailleurs peu importe de savoir qu’il reste encore mille cinq cent et quelques kilomètres à parcourir.

Peu importe que l’objectif se réalise ou non, ni quand, ni comment. Cependant c’est pourtant bien lui qui motive, qui créé le mouvement, qui engendre la décision.

C’est comme un immense piquet très solide planté très loin qui donne une direction générale. L’important reste le chemin et ses étapes. Il est déjà tracé depuis des millénaires, fréquenté par de nombreux pèlerins, répertorié. A chaque pas pourtant, il devient le mien. Pour cette semaine, l’objectif est d’arriver au Puy-en-Velay, dont le nom n’est d’ailleurs pas indiqué sur le panneau.

Sur la route au loin, je devine une silhouette qui vient à ma rencontre. En m’approchant, je distingue une dame d’un certain âge, une petite casquette, un chemisier à fleurs. C’est samedi et je me dis qu’elle se promène. Elle porte un sac à dos. Il n’est pas vraiment gros, cependant cela ne peut être pour une promenade de quelques heures. Je me demande : « Où peut-elle aller ? Car Compostelle est dans ma direction et non pas dans la sienne ? » Arrivées à la même hauteur, nous nous arrêtons pour parler. Là elle m’explique : « Non, je ne vais pas à Compostelle, je pars pour Rome. » Quelle surprise !
Elle part de chez elle à l’instant, sans trop savoir où elle va dormir ce soir. Elle compte sur l’accueil, l’hospitalité et l’imprévu. Elle dispose de temps, n’a plus d’obligations, est en retraite et parcours les chemins depuis quelques années. Nous nous souhaitons un bon chemin. Voilà une différence avec un simple randonneur.

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Les panneaux sur les murs me rappellent que je suis bien sur un chemin de pèlerinage. Cette première rencontre me donne le ton. Je me sens à nouveau faire partie de cette grande communauté marchante traversant les temps passés, présents et à venir, confiante en son prochain, ouverte à l’autre, les sens en éveil aux messages de l’au-delà, aux signes du chemin dans une conscience plus aigüe de l’instant présent.

 

P1010573.JPGJe rentre dans une petite église afin de me rafraîchir. A première vue elle n’a rien d’exceptionnel. Alors que je me retourne pour partir, mon regard est attiré par ce vitrail en forme de coquille, au-dessus de la porte, invisible depuis l’extérieur. Belle surprise ! Je souris, heureuse de ma curiosité. Je remercie pour ce cadeau.

J’arrive bientôt à la célèbre stèle de Gillonnay qui marque l’intersection entre le chemin qui continue au Puy et celui qui descend vers Arles pour rejoindre la Via Tolosana.

 

 

Un groupe de marcheurs est arrêté pour une pause goûter. Trois femmes et quatre hommes tous retraités. Ils seP1010569.JPG sont rencontrés sur le chemin par le passé, originaires de villes différentes. Une fois par année, ils se retrouvent pour marcher ensemble. Ils ont déjà fait tous les chemins mais cette partie n’est pas encore inscrite à leur palmarès. Ils marchent d’un bon pas et je ne les reverrai plus de la semaine. Je ne sais s’ils ont vu ce vitrail ni même s’ils sont entrés dans l’église.

A chacun son rythme. Je suis bien contente d’être seule pour marcher et m’arrêter comme je le veux.

J’ai trouvé un accueil jacquaire pour le soir à la Côte-Saint-André, capitale de la Bièvre, située entre Lyon, Grenoble, Valence et Bourgoin-Jallieu. Je découvre que c’est la ville natale du compositeur Hector Berlioz né le 11 décembre 1803. J’en profite pour visiter le musée. Je fais quelques courses car les dimanches et lundis sont jours de fermeture. Il faut être prévoyant et faire des provisions pour le pique-nique du midi.

Cécile vient me chercher et me conduit chez elle. Un grand corps de ferme aménagé et une dépendance transformée en gîte d’accueil. Le contact est facile. Elle me présente ses enfants et son mari. D’origine vendéenne il est éducateur. Elle, professeur d’économie. Nous parlons comme si nous nous connaissions depuis toujours. Le lendemain matin elle me ramène au village et me met sur le chemin. Je suis touchée de sa gentillesse.

 

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14:09 Publié dans Air du temps, Compostelle | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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