06/04/2016

Jour 2- Revel Tourdan - Bellegarde Poussieu 31.5 km

C’est une grosse journée. Je suis seule à marcher. Il fait très chaud. J’enlève mes chaussures de marche pour mettre des nu-pieds pour quelques heures. Mal m’en a pris. Lorsque je sens le pincement au talon il est déjà trop tard : l’ampoule est là ! Le deuxième jour seulement et c’est déjà fait ! Je sors ma pharmacie de poche et j’enferme tout cela dans un pansement spécial ampoule dit « Compeed 2ème peau » ! Je reprends ma marche.


C’est dimanche, tout est calme et les villages sont déserts.  

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Je découvre l’architecture typique de la maison dauphinoise : les murs en galets roulés en arête de poisson. Les galets roulés, autrefois extraits des plaines et des rivières, servaient le plus souvent au soubassement des murs des maisons et des granges ainsi qu’aux murs de clôture afin de donner une belle allure au bâtiment. Ils sont alternés de morceaux de tuiles servant à pomper l'humidité éventuelle mais aussi au décor et à l'esthétique.

 

 

En début d’après-midi, j’arrive à Revel-Tourdan, un joli village médiéval tout aussi désert.J’ai besoin revel eglise.jpgd’eau. Je n’en trouve pas. Je me réfugie dans un petit parc ombragé et m’allonge sur le banc pour une sieste. J’aperçois alors, au loin, une dame qui rentre furtivement dans sa maison. Le genre de maison dont la porte-fenêtre sert d’entrée. J’approche et frappe au carreau. Au-dessus de moi une voix crie : « Entrez, je descends ! ». Me voici dans l’entrée-séjour-salon-cuisine de cette dame qui m’accueille avec un large sourire.

Elle m’invite à poser mon sac. Une unique petite pièce à vivre avec tout un fatras de livres, vieux meubles, bibelots, évier plein de vaisselle sale, table encombrée … enfin un gentil bazar. Il n’en faudrait pas autant à certains pour se fier à cette première apparence peu engageante, peur de déranger, de casser, ou je ne sais quoi.

Ce n’est pas mon cas, la dame est tellement charmante ! Et j’ai besoin d’eau ! Non seulement elle m’en offre mais elle me propose aussi le café et de la brioche. Que puis-je espérer de mieux un dimanche à 14 heures lorsque le soleil cogne dehors ? Je reste une bonne heure assise dans son salon d’époque un peu défraichi, à discuter de la vie tout en buvant le café dans de belles tasses anciennes. Je n’arrive pas à partir. Elle est écrivain, passionnée par l’écriture de nouvelles qui racontent l’histoire de cette région du Dauphiné. Elle tient absolument à me donner quelques fraises dans un petit sachet pour manger sur la route. Je repars ragaillardie et continue mon chemin. Tout est si simple. C’est une belle rencontre. De celles qui donnent de l’énergie et montrent que rien n’est compliqué. Il suffit de demander.

La question se pose lors des préparatifs : faut-il jouer la carte de l’autonomie et de la sécurité ? Gonfler son sac avec plein de choses pour tous les « au cas où » ? Ou compter sur soi-même pour oser demander, frapper aux portes et croire à la Providence de belles rencontres ? C’est un autre état d’esprit. Pourquoi ne pas diminuer la quantité d’eau que je porte sur mon dos afin de me permettre de demander plus souvent ?

De nouveau les ampoules me gênent et j’ai mal aux pieds. À force de marcher la sensation s’atténue, dès que je m’arrête la douleur se ravive. Alors j’avance vite, en évitant les frottements ce qui a pour effet de compenser ailleurs et de provoquer une autre douleur, une tension musculaire ! Cette histoire d’ampoule commence à me troubler.

Je traverse de vastes étendues, des champs de toutes les couleurs : blé, orge, fol avoine, coquelicot, bleuet ; des senteurs de chèvrefeuille, seringa, aubépine, rose ; des cerisiers bien chargés mais malheureusement trop hauts pour pouvoir en profiter. Enfin, je trouve l’accueil jacquaire à Bellegarde-Poussieu.

Sur le côté de ce bâtiment agricole, une pancarte Miel est posée sur une chaise paillée un peu fatiguée. Une fois passée sous le hangar, je découvre une grande bâtisse en pierre avec, au milieu, une lourde porte de bois. Cette imposante demeure a probablement été le centre d’une activité intense dans les décennies passées. Pierre authentique, vieux volets en bois, deux étages de fenêtres bien rangées donnant au premier plan sur un magnifique jardin de fleurs multicolores, accolé à un potager abondant, et au loin une vallée regorgeant d’arbres fruitiers et de champs de céréales. 

Une petite dame m’ouvre la porte avec un large sourire, heureuse de m’accueillir. Elle me parle de tout et de rien sans même penser à me proposer de poser mon sac. La fraîcheur de la maison est la bienvenue dans ce grand hall d’entrée d’où monte un large escalier aux marches de pierre creusées par des années de passages.

Enfin elle me montre ma chambre et m’informe qu’une pèlerine est déjà installée. Je fais la connaissance de Birgit, une Allemande, pas très grande, cheveux courts plutôt rouges, un bon visage souriant et lumineux. Elle est contente de rencontrer une personne parlant l’anglais ! Elle semble énergique, organisée et communicante. Partie de Genève, elle a prévu d’aller jusqu’à Santiago. Elle est en retraite, elle a tout son temps. La chambre était certainement celle des enfants. Parquet, cabinet de toilette, matelas confortable, fenêtre sur le jardin. Un vrai bonheur.

Premier soin pour mes ampoules, pour les mollets rougis par le soleil et massage pour les épaules. J’emmène toujours mon huile de massage musculaire. C’est un choix qui me convient pour aider mon corps à se transformer. C’est en effet à la fin du deuxième jour d’endurance que les douleurs plus profondes se réveillent et révèlent les points de fragilité. Si je veux marcher dix jours, je ne peux pas faire l’impasse et les ignorer. Je dois m’en occuper. D’autant plus après une journée de trente et un kilomètres, pas très raisonnable comme progression pour un début !

Mais ça me ressemble bien. J’aime me laisser emporter par mon élan, et goûter l’euphorie des premiers jours en pleine nature. A vrai dire les étapes se font en fonction des lieux d’hébergements et bien souvent les kilomètres s’ajoutent par nécessité logistique. Nous descendons visiter le jardin pour découvrir toutes les variétés de fleurs. Nous essayons de deviner les légumes qui vont sortir de telle feuille ou fleur tout en cherchant le mot en anglais !

Après une bonne nuit de sommeil, l’odeur du pain grillé nous invite au petit déjeuner. Nos hôtes nous attendent pour partager ce moment dans la grande pièce à vivre de l’étage, garnie de meubles anciens mis en valeur par le parquet d’époque et la hauteur des plafonds. Elle sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de bureau. Devant nous, trois pots de miel de couleurs différentes. Le premier récolté est le miel de colza, blanc et solide, puis le miel de châtaigner ambre foncé, le miel d’acacia qui est clair et liquide et enfin ce qu’on appelle communément le « miel toutes fleurs » pour ne pas dire de tournesol, assez jaune.  Le propriétaire nous donne alors une véritable leçon de choses sur le domaine agricole qu’il exploitait jadis. Aujourd’hui c’est encore lui qui récolte le miel et entretient le potager.

Il est neuf heures passé lorsque nous quittons ces hôtes charmants. Nous laissons comme le veut l’usage un mot dans le Livre d’or ainsi que notre Donativo. Un nouveau tampon s’ajoute à ma Crédencial.

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