28/04/2016

Jour 5 - Etiennefy 32.5 km

C’est la plus belle journée de marche. Les paysages sont magnifiques lorsque l’homme n’y touche pas. Quelle nature !

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Genêts jaunes partout, forêt de sapins, bêtes paisibles ; c’est vert, tellement doux, vallonné. Vue immense, panorama à perte de vue. Je suis seule dans cette espace ouvert à 360 degrés.  Quelle plénitude.


A Bourg-Argental je m’arrête à l’église pour admirer le tympan du XIIe siècle avec statue et sculpture de Saint-Jacques.

Bourg argental.JPGJe fais quelques courses et m’apprête à partir lorsque Birgit arrive et me propose de boire un café. Le temps devient gris et pluvieux. Je préfère continuer, avancer, passer le Mont du Tracol ˗ soit cinq cents mètres de dénivelé ˗ et atteindre les premiers reliefs de la Haute-Loire. Je pars.

Cette montée dans les bois n’est pas rassurante. Je n’aime pas la forêt. Je m’y sens enfermée. Il n’y a jamais assez de balisages. Je ne traîne pas : il commence à pleuvoir et je revêts ma tenue de pluie.

Le col est la limite entre les départements de la Loire et de l’Ardèche. J’atteins enfin le lieu-dit les Sétoux, un hameau de quelques maisons avec un gîte et cette stèle. Il est 15 heures. Je n’ai nulle envie de rester dans ce lieu désert. Je fais une pause au café et téléphone pour trouver un gîte pour le soir à une dizaine de kilomètres.P1010674.JPG

 

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Je repars pour au moins deux heures de marche. La pluie s’est arrêtée mais le ciel couvert est toujours menaçant. Je presse le pas. La personne avec qui j’ai parlé au téléphone me dit que je ne serai pas seule et qu’une Allemande est déjà arrivée. Ce n’est pas possible que ce soit Birgit. Je l’ai laissée derrière moi.

J’arrive enfin vers 18 h 30 au gîte et quelle n’est pas ma surprise de voir Birgit déjà installée. Alors là ce n’est pas possible, elle a triché !

 

Eh oui, à Bourg-Argental elle a bu un café, a fait connaissance avec des gens du coin et l’un d’eux lui a proposé de l’avancer en voiture. Elle a gagné plusieurs heures et m’a précédée. Comme quoi, la langue n’est pas un obstacle pour celui qui est ouvert à la rencontre. Nous rions de bon cœur et ouvrons une bouteille de vin rouge qu’elle a commandée au propriétaire. Le gîte est merveilleux. La salle de bain est un vrai sauna tellement elle est bien chauffée. Nous faisons une machine de linge, il y a tout ce qu’il faut et au premier étage, deux grandes chambres avec des draps dans les lits. Nous prenons chacune une chambre.

Les propriétaires, un jeune couple, viennent nous saluer avec leurs deux enfants. Ils sont sympathiques et nous discutons quelques instants. Les enfants se lancent dans quelques phrases en anglais. Il est convenu que je sonne à leur domicile le lendemain matin à 8 heures pour prendre le petit déjeuner. Birgit est plus matinale et part de bonne heure. J’en suis ravie : je n’ai pas envie de faire de traduction dès le matin.

J’aime prendre le temps de rencontrer les gens, de comprendre comment ils vivent, ce qu’ils font, leur travail, leur projet. Sans le savoir encore, je vais expérimenter grandeur nature ma « théorie des ampoules » échafaudée tous ces derniers jours. 

Après une bonne nuit de repos, je sonne. La porte s’ouvre sur un intérieur rustique et campagnard. Nous nous asseyons de part et d’autre de l’imposante table en chêne. Derrière, un vaisselier en bois massif où sont exposées les photos des enfants bébés à côté de quelques assiettes anciennes bien rangées. Le café coule dans de grands bols. Nous commençons à discuter. La jeune femme est native de la région. Je lui pose une question qui me paraît banale : « comment fait-elle pour rencontrer des amis en habitant un endroit isolé ? » 

Soudain son visage change de couleur, les larmes montent et débordent. Pendant plus d’une heure, je ne peux l’arrêter. Tout ce qu’elle a sur le cœur sort d’un seul coup. Jamais elle ne mordra dans sa tartine. Je suis comme l’épingle qui a percé la poche d’eau. On ne s’était pas intéressé à elle depuis longtemps.

Je pars vers 10 heures après m’être assurée qu’elle va mieux. Je suis perturbée par cette rencontre, d’avoir déclenché cet évènement. Je marche sans m’arrêter de penser. Il n’y a pas de limites, pas de barrières, je me retrouve dans une pleine nature, un vallon tellement doux, paisible et sauvage, d’une beauté infinie.

Troublée par cette rencontre et par la beauté des paysages je me trompe de chemin sans m’en rendre compte. J’ai bien trouvé un balisage rouge et blanc mais à vrai dire plus de coquilles depuis bien longtemps !

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Je n’y ai pas prêté attention de suite, puis je n’ai plus rien trouvé, aucun balisage à la sortie d’un bois ! Brusque retour à la réalité, moment de panique. Où suis-je ? Que faire ? Dois-je rebrousser chemin pour retrouver le balisage ?  

Je m’arrête un instant. Je prends conscience que le chemin est un long ruban qui me donne un sentiment de sécurité. Manger, boire, dormir, les besoins vitaux sont satisfaits sans m’en soucier. Je peux ainsi donner libre cours à mes pensées. C’est bien ce qui vient de m’arriver, préoccupée par les évènements du matin et non pas dans l’ici et maintenant du chemin.

Je me sens démunie d’avoir perdu ce guide précieux et rassurant. En soi se perdre n’est pas grave mais faut-il encore trouver quelqu’un qui sache me dire où je suis ! J’arrête une 4l break qui heureusement passe par là. « Suivez la route, ce n’est pas loin jusqu’au prochain village ! » Ha ! Ces gens de la campagne ! Ce n’est jamais loin et c’est soi-disant toujours tout droit et facile à trouver. Je suis arrivée à Saint-Bonnet-le-Froid. J’avais dévié de douze kilomètres ! Les habitants ne savent pas qu’un GR passe près de chez eux, encore moins le Chemin de Compostelle, ils ne savent pas lire une carte et ni même se localiser dessus !

A la sortie du village je fais de l’auto-stop et une camionnette m’emmène jusqu’à l’entrée de Montfaucon-en-Velay. Il est déjà midi passé. P1010680.JPG

 

 

 

17:23 Publié dans Compostelle | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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