03/05/2016

Jour 8 - le Puy en Velay 18 km

Le matin, Alain traverse le village pour trouver le chemin indiqué la veille par Nicole. Je le suis. Après quarante-cinq minutes de marche nous commençons à douter de nous. Nous avons perdu le balisage rouge et blanc du GR ainsi que la coquille. Nous demandons notre chemin. Nous réalisons que nous sommes partis à l’opposé.

 


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Je sens Alain énervé. Nous faisons demi-tour et je le vois, furieux, partir devant à grandes enjambées pour rejoindre le village. Je le rattrape enfin en lui disant que ce n’est pas grave, que nous nous sommes seulement trompés. Alain est furieux et plus encore vexé de m’avoir embarqué dans son erreur. Il m’explique alors qu’en tant que médecin, il n’a pas droit à l’erreur. Cette peur l’a accompagnée tout au long de sa vie. C’est impossible et inenvisageable pour lui. Il prend conscience de la force de cette croyance qui a marqué sa vie et qu’il applique encore aujourd’hui d’une manière générale alors même qu’il est en retraite. Nous parlons de son métier, des contraintes vécues, des doutes, du rôle du médecin.

 

 

J’apprends ainsi deux règles fondamentales qui s’appliquent aussi à d’autres domaines de la vie :

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Toujours reprendre le chemin là où je le laisse la veille.

Voir de mes propres yeux le balisage.

 

Je comprends alors qu’Alain n’est pas parti sur le Chemin de Compostelle car il ne cherche pas les coquilles. Il est en randonnée sur le GR65 et suit le balisage rouge et blanc. Je lui explique et il avoue n’avoir aucune idée de ce qu’est Compostelle, réservé seulement aux « croyants ».  

Bien souvent, le Chemin de Compostelle a effectivement une connotation religieuse. Depuis l’origine c’est un chemin de pèlerinage historique. Mais certains marcheurs sont restés dans l’idée qu’il est réservé uniquement aux chrétiens, aux pratiquants, à ceux qui prient, qui méditent, somme toute, aux seuls croyants. Ils ne souhaitent pas se réclamer de cette appartenance.

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Le Chemin s’est considérablement ouvert à tous depuis des années. Il accueille toutes nationalités, confessions, objectifs divers : la performance physique, la mise à l’épreuve personnelle, le contact avec la nature, se donner un moment de réflexion, la rencontre avec soi-même, dépasser ses limites, le besoin de liberté, la retraite, faire un deuil, changer d’air, quitter les biens matériels, se confronter à ses peurs, à l’inconnu, à l’inattendu, une quête spirituelle …  

Les raisons sont nombreuses. Il est bien souvent difficile d’expliquer les siennes et même si on les connaît, l’expérience vécue ne répond pas forcément aux raisons qui ont motivé le départ. Les questions du départ n’ont pas toujours de réponses mais on reçoit autre chose d’imprévu.

 

Dans tous les cas il favorise, le partage, la rencontre, la tolérance, l’entraide ; nous allons tous vers le même but, Santiago, rêve lointain atteint ou non, en une ou plusieurs fois. On parle de « l’esprit du chemin ».

La nature est omniprésente, douce, paisible, reposante et à la fois puissante.

Depuis la dernière colline avant de descendre vers le Puy-en-Velay, j’observe au loin les deux monuments qui caractérisent la Préfecture de la Haute-Loire.

A droite, le rocher Saint-Michel d’Aiguilhe, de 82 mètres de hauteur, est la cheminée d’un ancien P1010717.JPGvolcan, appelé neck. Une chapelle dédiée à saint Michel, à laquelle on accède par un escalier de deux cent soixante-huit marches, fut élevée en 962 par le chanoine Truanus et consacrée par l’évêque du Puy, Gothescalk, pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

 

 

 

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A gauche, le rocher Corneille et la Statue Notre-Dame de France. Le 8 septembre 1855, jour de la fête de la nativité de la Vierge, le général Pélissier sort vainqueur du siège de Sébastopol au cours de la guerre de Crimée. Deux cent treize canons pris au Russes permettront de réaliser, en fonte de fer, la statue que le diocèse du Puy souhaite dédier à Notre-Dame-de-France.

 

 

 

Chaque matin à 7 heures, la messe est célébrée pour tous les pèlerins qui P1010719.JPGpartent sur le Chemin. A la fin de la cérémonie, tous se rassemblent autour de la statue de Saint-Jacques. Ils reçoivent la bénédiction du prêtre avant d’emprunter l’escalier majestueux qui descend directement dans la ville par la rue Saint-Jacques.

 

 

 

 

 

 

 

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12:30 Publié dans Air du temps, Compostelle | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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